jeudi 30 avril 2015

Mai

Demain s'ouvrira le champs de tous les possibles ! Enfin, c'est le dicton qui le dit...
Imaginez que chacun fasse CE QUI LUI PLAÎT : ce serait la catastrophe assurée, non ? Déjà que l'individualisme est une des choses au monde la plus partagée...

Allez, on sourit, c'est l'printemps !
 


mardi 28 avril 2015

Initiation

Cette semaine, j'ai la grande joie de recevoir mon amie Marie. Depuis le temps qu'elle promettait de venir me voir !
Elle a voulu goûter aux "joies" du scrap, donc je l'ai guidée pour la réalisation d'un mini mini (!) de quatre photos dont elle a tout lieu d'être fière :


Papier texturé et papier "bois" Kippers Creatif
Die feuilles Tim Holtz (Kippers Creatif)

dimanche 26 avril 2015

Incipit



Atelier : l'incipit, c'est la première phrase d'un roman. J'ai pioché celle-ci, qui commence "Les échelles du Levant" d'Amin Maalouf. A moi de me débrouiller pour lui trouver une courte suite, qui n'a bien sûr rien à voir avec l'oeuvre initiale, dont je demande pardon à son auteur de ne pas l'avoir lue ...

- Cette histoire ne m’appartient pas, elle raconte la vie d’un autre.

- Prenez votre temps. Moi, j’ai tout le mien, je vous écoute.

- Vous ne m’avez pas entendu. Ce n’est pas mon histoire, ce n’est pas à moi de raconter, je ne vous dirai donc rien.

- C’est ce que nous verrons. Nous savons que c’est vous, le meurtrier. Vous finirez bien par avouer, ce n’est qu’une question de temps.

- Vous avez du temps à perdre, Commissaire, et la vie est courte. Vous ne devriez pas gaspiller de précieuses heures à attendre de moi quelque chose que je ne saurais qu’inventer.

- Mais vous n’inventerez rien. Je sais que vous croyez ne pas savoir, je sais qu’à la minute présente vous êtes sincère, aussi je ne vous brusquerai pas, vous finirez par me raconter toute l’histoire, qui sera VOTRE histoire quand, tout à l’heure, vous serez l’AUTRE. Et à ce moment, vous serez à moi…

- Insinueriez-vous que j’ai une double personnalité, Commissaire ? Si mon moi est autre, alors il devra s’adresser à un autre que vous et il vous échappera parce que vous n’aurez aucun pouvoir sur lui, vous ne serez pas qualifié pour l’entendre.

- Prétendre avoir une sorte de folie pour échapper à la loi, c’est ça votre ligne de défense ?

- Je ne prétends rien, Commissaire, c’est vous qui le pensez. Je n’endosserai pas les fautes d’un autre, fût-il moi, si l’autre n’avoue pas ce que moi-même je ne sais pas. Nous avons tous une part d’ombre, sans doute. Je vous écoute, Commissaire, j’ai tout mon temps…


Document trouvé sur le Net

samedi 25 avril 2015

Encore une...

     Hé oui, une année de plus, mais elle n'entamera pas la bonne humeur et la créativité de Christine, à qui cette carte est destinée !


J'ai utilisé :
- le papier blanc texturé Kippers
- le die noeud Marianne design (Kippers)
- le tampon du lot "En passant" Stampin'Up
- le die feuilles Stampin'Up (?) ainsi que des chutes de papiers de cette marque.
- une petite rose rouge en ruban.

vendredi 24 avril 2015

Il a eu lieu sans moi !

Le salon du Livre de Londres (London Book Fair) s’est tenu la semaine dernière, c’est un des événements marquants de l’industrie du livre et évidemment Creapassions.com a suivi l’événement !
London book fair
Sa différence par rapport aux deux autres salons géants, qui se tiennent à Francfort et Paris, est certainement son biais numérique. Le marché numérique est fort développé dans le monde anglo-saxon. Bien plus que dans l’Hexagone. Et il ne cesse de prendre des parts de marché. Cependant soyons tous rassurés, si le numérique trouve un terreau très fertile dans les domaines du roman et des livres scolaires, parascolaires ou scientifiques et techniques, il ne conquiert pas le public des beaux livres et des loisirs créatifs. Nous allons produire encore longtemps des livres de qualité et bien physiques. D’ailleurs, les exposés des spécialistes évoluent et là où ils imaginaient une transformation numérique à marche forcée allant à la disparition du livre papier, ils envisagent maintenant une cohabitation. Nous l’espérons !

Salon du livre de Londre 

Des perspectives de nouvelle diffusion par l’impression à la demande

En revanche nous avons pris des contacts intéressants nous permettant de délivrer dans n’importe quelle boite aux lettres des livres imprimés de haute qualité à partir de fichiers numériques déposés sur des plateformes spécialisées…
De nombreux intervenants
Petit clin d’œil sur le lieu du salon, une magnifique halle construite en 1886 pour des salons de l’agriculture aux allures de constructions Eiffel.
Un salon gigantesque
Si vous voulez quelques anecdotes sur le salon cliquez ici.
Un coin pour lire

mercredi 22 avril 2015

V, comme... Volonté

La nuit est tombée. J’ai froid. Je suis rentré m’asseoir près de la cheminée où Odette a fait un grand feu qui n’arrive pas à me réchauffer. J’ai froid à l’intérieur, j’ai froid aux os, comme disaient les anciens, lorsque j’étais cet enfant dont j’égrappe les souvenirs, tel ces hommes grecs qui laissent glisser les perles de leur komboloï entre leurs doigts, sans y prêter trop d’attention, et sans arrêter leur conversation.

Je reprends l’inventaire systématique de ma mémoire avant qu’elle sombre, je fais ressurgir des épisodes que je croyais oubliés, je re-suce des bonbons sirupeux et des pilules amères, je rembobine le film de ma vie avec des arrêts sur image…

Mon rêve de vivre pour et par mes dessins m’a porté sur la longue et interminable période de l’enfance, m’a aidé à traverser une scolarité parfois chaotique. Tout n’a pas été réglé pour autant après le collège, mais c’est là une autre période de ma vie. Mes parents pensaient que c’était une lubie, un passe-temps, une utopie qui s’évanouirait lorsque je découvrirais autre chose. Force leur a été d’admettre que je ne lâchais rien, et ce fut difficile. Gaëtan, lui, était en apprentissage ; je ne semblais pas armé pour des études longues, qu’allais-je devenir ? Mon père avait tranché : « Tu apprendras un métier, après tu dessineras si ça te chante, je ne veux plus en entendre parler ! »

Ce jour-là, j’aurais bien fait un autodafé de mes albums de Rahan et de ma collection de Pif Gadget. La confiture et les sucettes* n’attendaient sans doute que moi, mais peut-être qu’un jour j’en dessinerais les publicités. Il ne faut pas couper les ailes aux rêves des enfants, ils se briseraient l’âme.

* Il a été dit que sa grand-mère et ses parents travaillent l'une chez Andros, les autres pour Pierrot Gourmand, aux alentours de Biars-sur Cère (Corrèze).

 
Et c'est volontairement, aussi, que je ne mettrai pas ici les dernières lettres qui seront la conclusion de l'histoire de l'ultime personnage, que je suis chargée de guider hors de l'enfance...

vendredi 17 avril 2015

U, comme... Ustensile

Tous les enfants ont des jeux idiots, mais certains le sont plus que d’autres, particulièrement chez les garçons qui finissent toujours, un jour, par mesurer la puissance de leur jet d’urine, avec un rien d’exhibitionnisme ! Je n’ai pas échappé à la règle.

L’épreuve «  Á qui pissera le plus loin » avait été fixée à 17h, sur le talus, derrière l’arrêt du car qui assurait le ramassage scolaire et nous ramenait à  Biars. Les concurrents avaient été sélectionnés sur la simple base du « Cap’ ou pas cap’ ». Comme mon frère était du lot, j’estimai ne pas pouvoir me défiler. Des copains, qui surestimaient sans doute nos capacités, avaient disposé dans le champ des pierres que nous devions atteindre. Les filles, à qui nous tournions le dos, étaient chargées de surveiller les cartables et la venue éventuelle d’un grincheux qui nous aurait interrompus. Elles gloussaient en se poussant du coude et faisaient des paris très arbitraires sur le gagnant. Au signal, nous avons tous dégainé, trop concentrés sur l’enjeu pour voir arriver la directrice de la maison de retraite, une vieille fille acariâtre, revêche à souhait, qui coupait par le terrain pour rejoindre son travail. Ses cris d’indignation et les moulinets de son bras armé d’un parapluie ont stoppé net notre épreuve, mais le spectacle de l’alignement de nos braguettes ouvertes devait bien valoir le flot d’invectives dont elle nous couvrit en promettant d’aller se plaindre au Principal ! Elle nous qualifia de vauriens, de graines d’assassins (?), de dévergondés, de « Vi.. vi.. vicieux », elle en bégayait, et nous intima l’ordre de remballer « Vos… Ces… Vos ustensiles ! », ce que nous avions déjà fait, avant de déguerpir en courant jusqu’au prochain arrêt du car, sous les moqueries des filles. S’en sont suivies une retenue collective et, chez nous du moins, une sévère remontée de bretelles… Sans compter les excuses que nous avons été sommés d’aller faire à la prude, qui suffoquait encore en répétant en boucle : « Quelle audace, non mais quelle audace… Vous vous rendez compte ?.. Quelle audace, tout de même ! »

lundi 13 avril 2015

T, comme... Talent

Monsieur Charles a été mon premier fan. Il avait vu le contenu de mes boîtes et m’avait incité et aidé à travailler Monsieur Boule, à lui créer une famille, des amis. Il avait aussi rencontré mes parents, qui privilégiaient plutôt les autres disciplines, lors des rencontres parents – professeurs. Mon père l’avait écouté poliment, mais avec un certain scepticisme quand il l’avait entendu déclarer que j’avais du talent. Ma mère, elle, avait été émue, et tous les deux étaient forts étonnés de me découvrir ce don pour une certaine forme de dessin.

Les élèves des classes de troisième travaillaient sur un projet de petit journal scolaire, en liaison avec un collège de Savoie avec lequel nous étions appariés. Mon professeur proposa à sa consoeur de français que j’en assure l’illustration, ce furent mes débuts dans la presse, à onze ans seulement. Tous avaient adopté Monsieur Boule, qui devint rapidement « MB », au point qu’on me demanda bientôt de collaborer avec le journal local. Mon père ne donna pas son accord, je n’étais qu’un enfant et ma scolarité passait avant tout. Il me laissa juste illustrer le bulletin municipal de juin pour notre village, ce qui fit beaucoup rire mes concitoyens qui s’amusaient à se reconnaître dans le portrait de groupe pleine page que j’avais fait. Eux aussi disaient que j’avais du talent. Mon frère et mes cousins se contentaient d’apprécier mon trait de crayon qui leur permettait d’avoir plus aisément la solution des mots-énigmes du Pictionary !

Pour me récompenser de mon passage en cinquième, mes parents m’offrirent une petite boîte de crayons assortis à mine graphite et un bloc à croquis. Mais le point d’orgue de cette année-là fut la rencontre orchestrée par Monsieur Charles avec un de ses amis d’enfance, illustrateur de nombreux ouvrages pour la promotion de l’Auvergne et dessinateur pour la presse régionale, parfois même nationale.

Cet autodidacte se reconnut en moi, examina et commenta mes dessins, faisant là un compliment, là une remarque technique, donnant son avis et m’écoutant parler de ma passion comme si j’étais son égal. Il me laissa même participer à la caricature politique qui lui avait été commandée pour une revue. Mon père ne s’était pas trop fait tirer l’oreille pour en acheter un numéro, le magazine était dans sa mouvance ! Si vous le trouvez un jour, regardez page 14 : j’ai dessiné la chèvre à l’air ahuri, juste derrière le personnage au béret, sur la gauche…

Ce professionnel n’a pas dit que j’avais du talent. Il a parlé d’un avenir prometteur. Il m’a fait gravir la première marche de mon rude escalier professionnel.
 
 
 

jeudi 9 avril 2015

S, comme... Sapristi

Voulez-vous faire la connaissance de mon avant-dernier personnage ? Je lui ai fait un bout de conduite entre "S" et "V"...
 
En classe, je ne brillais ni par mes résultats, qualifiés de « moyens », ni par ma participation, « à encourager » disaient mes bulletins. Je suivais honnêtement, sans plus, j’étais donc un élève ordinaire qui ne se faisait remarquer qu’en dessin : que ce soit une pomme sur une serviette à carreaux, sur une pile de livres pour que tout le monde la voie, ou le renard empaillé, sur l’étagère au-dessus du tableau noir, j’étais incapable de reproduire correctement les choses sur le papier. Bien sûr, le sujet était là, mais il avait tendance à se gondoler, à donner l’impression qu’il bougeait, ou qu’il allait le faire, et il ressemblait rarement au modèle. Les notes et annotations s’en ressentaient, mais mes parents ne m’en tenaient pas rigueur, du moment qu’elles ne concernaient ni le calcul, ni l’orthographe, autrement importants dans la vie.

Jusqu’à ce que j’aie Monsieur Charles comme professeur d’arts plastiques, en sixième. Il m’observa pendant tout le premier trimestre, écrivant au dos de mes feuilles : « Travail intéressant », « Vision très personnelle », ou encore : « Pourquoi ne pas te contenter de ce que tu vois ? ». Justement, ce que je voyais m’ennuyait, je n’y trouvais aucun intérêt, donc je lui en créais. Je m’amusais beaucoup plus lorsque je gribouillais dans la marge de mon cahier de textes ou sur des bouts de papier que je gardais dans des boîtes à chaussures ! J’avais inventé un petit personnage, largement inspiré du Professeur Nimbus, que j’avais découvert dans les pages d’exemplaires du « Journal » qui traînait dans le grenier de mes grands-parents. Je lui faisais prendre des poses farfelues, il envahissait mes brouillons lorsque j’étais en manque d’inspiration et m’éloignait encore un peu plus de mes devoirs. Il me fallait rester vigilant pour l’empêcher de me prendre en otage !

Un jour, Monsieur Charles me demanda de rester après le cours de dessin. Cela n’augurait rien de bon, j’étais dans mes petits souliers. Il n’avait pourtant pas l’air en colère quand il s’est approché de moi en tapotant de l’index une chemise cartonnée qu’il tenait dans la main gauche… « Duclos, me dit-il, j’ai là quelque chose qui t’appartient », et il posa la chemise ouverte sur ma table, exposant quelques dessins de tous formats de « Monsieur Boule »,  puisque Monsieur Boule il y avait… « Est-ce toi qui as dessiné ceci ? ». Sa question n’en était pas une, il me fallait acquiescer. Où avait-il trouvé ça ? « Ils sont tombés sous ta table au dernier cours… En as-tu d’autres ? ». Comme je ne répondais pas, inquiet de la sanction – j’avais aussi commis des caricatures d’élèves et de professeurs – il s’exclama, en se tapant sur la cuisse : « Sapristi ! J’ai rarement vu ça depuis que j’enseigne ! Ah, sapristi !... C’est incroyable, ce coup de patte ! Je voudrais voir tout tes autres crobars ! Apporte-moi ça demain, pendant la récré ! Allez, maintenant, file ! »

Abasourdi, je ne réalisai que quelques minutes plus tard qu’il m’avait fait un compliment et qu’il s’était adressé à moi sur le ton de la camaraderie.

Le lendemain, je n’ai pas pu lui expliquer toute la genèse de mon personnage, la sonnerie de reprise des cours m’en a empêché. Mais j’avais eu le temps de lui faire part de mon rêve de devenir dessinateur, et nous devions nous revoir en dehors du collège.
 
 
 

mardi 7 avril 2015

Pour l'occasion

    Un anniversaire fêté un lundi de Pâques, c'est une invitation supplémentaire à la gourmandise ! Et il fallait bien une petite carte pour accompagner les cadeaux...

Tampons : Kesi'art  - Marianne design, Prima et Viva (chez Kippers)
Bouton Prima (Kippers) - Encres Stampin'Up
 
    Et même si je ne crois plus aux cloches, je n'aurais pas laissé Goupil se repaître de leur trop- plein !! Quelqu'un de bien placé pour pardonner nous a dit un jour que "le péché de gourmandise ne commence qu'à l'indigestion"...
 
Créations de Manu'elle (et  ses petites mains !)
 
    A force de grignoter, on finit par avoir les doigts collants ; le cabinet de toilette, c'est la porte au fond du couloir...
 

samedi 4 avril 2015

Désillusion de Pâques


Maman m’avait bien dit qu’en grandissant, je perdrai mes illusions, mais à vrai dire, à cinquante ans bien sonnés, je n’en avais pas beaucoup, contrairement à certains. Des certitudes, oui.

Bien sûr, j’entendais dire que le Père Noël n’existait pas, et j’avais des cadeaux sous l’arbre ; que la petite souris était une fable pour les enfants, et j’avais une pièce sous mon oreiller à chaque chicot arraché, et même un gros billet, un jour, pour m’aider à payer mon premier dentier ! Et toujours Maman souriait avec indulgence.

Mais Pâques arrive et Maman n’est plus là pour calmer mon excitation à l’approche de la fête. Des esprits chagrins murmurent autour de moi que je suis une cloche si je crois que les œufs tombent du ciel pour que je les trouve dans mon jardin. Je ne suis pas une cloche. D’ailleurs, Maman disait que je suis un battrant ! Pourquoi ils rient, tous, quand je leur raconte ça ?

Á cette période-là, j’aime bien aller me promener, le soir, du côté de la gare : il y a des dames avec de jolies robes qui montrent leurs jambes et leurs seins, et qui me parlent de Pâques. Elles disent : « Tu viens, mon lapin ? », ou « Allez, mon poussin, tu montes ? » Elles sont gentilles, mais elles ne me disent pas si elles ont des chocolats. Moi, c’est surtout ça que j’aime, à Pâques, sous toutes les formes.

Mais le grand Jacques, à l’usine, il m’a dit hier : « Arrête de faire l’œuf, ou tu s’ras chocolat ! Et les poules, elles te feront pas Pâques avant les Rameaux, elles veulent juste se sucrer ».

Là, j’ai commencé à me douter de quelque chose. Et si Maman m’avait caché la vérité ? Mais alors, je ne trouverai rien dans le jardin, cette année ? Et qui a livré le supermarché ?

De quoi devenir dingue, donc !...

(l'idée de cette consigne revient à ma petite fille, Améline !)

vendredi 3 avril 2015

R, comme... Riz au lait

Terminons cette incursion dans la tête d'un petit musicien par ce souvenir sucré...
 
Quelle belle surprise c’était, en hiver, alors que nous faisions nos devoirs, après nous être affranchis des petits travaux domestiques, que de sentir monter l’odeur vanillée du riz au lait qui cuisait lentement sur la gazinière !

Le seul nom de cette recette suffit à faire remonter en moi des sensations et des images qui évoquent avec force mon enfance… Je revois ma mère qui donne quelques tours de cuiller en bois pour que le fond n’attache pas (les rares fois où ça se produisait, je demandais à racler cette pellicule caramélisée au goût un peu fort), Lisig qui papillonne autour d’elle, les joues rouges, mon père qui s’octroie enfin le temps de lire son journal après n’en avoir vu que les gros titres le matin, mes frères qui se chipotent la règle ou la gomme à l’autre bout de la grande table où, déjà, Mona commence à poser les bols à soupe et les couverts, parce qu’elle était toujours la première à refermer ses cahiers et son cartable.

Les soupers, chez nous, étaient des moments privilégiés où nous avions le droit de parler, de raconter les petites joies et les grands drames de la journée, de discuter de choses et d’autres avec nos parents qui attendaient que nous soyons couchés pour débattre de sujets plus sérieux.

Les soirs de riz au lait, il y avait un petit quelque chose en plus dans l’atmosphère, comme un recueillement joyeux en attendant que Maman pose la grande casserole sur le dessous de plat, au centre de la table. « Adrian, ton assiette, s’il te plait ! ». Je fixais les deux louchées du mélange crémeux qui coulait mollement ; je salivais par avance, voir me mettait déjà le goût en bouche. Je n’avais pas besoin de regarder autour de moi pour savoir qu’il en était de même pour tous ! Ceux qui attendaient d’être servis avaient la bouche entrouverte, ils dégustaient déjà. Ma mère riait de nos mines de chats gourmands ! « Regarde-les, ceux-ci ! » disait-elle à Papa qui souriait avec bonhomie. Quand chacun avait sa portion devant lui, nous pouvions commencer, lentement, d’abord le tour, toujours en ramenant vers le centre. Plus le contenu diminuait, plus les raclements de cuillère étaient rapprochés et sonores ! Si ça ne nous avait pas été interdit, nous aurions léché notre assiette.

Repus et heureux, nous reprenions alors la discussion là où le divin plat l’avait interrompue. Maman était la Fée du riz au lait, elle en avait la maîtrise et nous ne pouvions jamais prévoir quand sa baguette frapperait à nouveau pour exaucer notre gourmandise.

 


mercredi 1 avril 2015