lundi 28 septembre 2015

Les fleurs du silence

     Parce que le texte est venu tout seul, je participe encore cette semaine (la 40) à l'atelier en ligne de Mil et une...


Il était là, comme chaque jour, depuis… depuis avant le bouquet. J’ignore tout de lui, sinon qu’il est déjà dans la rame quand j’y monte, en sortant du collège, et qu’il en descend deux stations avant moi. C’est dire que j’ai le temps de l’observer. Je ne l’ai jamais vu habillé autrement, mais il est toujours très propre, très droit et imperturbable. Peut-être un employé de banque, ou un commis dans un cabinet d’avocats, ou un de ces répétiteurs qui s’efforcent de faire entrer quelques bribes de savoir dans de jeunes crânes obtus ?... Ce doit être son nœud papillon qui fait vagabonder mon esprit ! A y regarder de plus près – et je suis bien placée – son col est élimé et ses chaussures ont avalé plus de kilomètres qu’elles n’auraient dû, mais elles sont toujours cirées et il prend soin de reculer ses pieds à chaque arrêt pour qu’on ne les écrase pas. Donc, au début, il se tenait bras ballants, essayant comme tout un chacun de rester stable malgré les tressautements métalliques du wagon. Et puis une fille est montée, belle comme une de ces starlettes des magazines que je regarde en cachette. Elle avait la taille fine, les jambes longues et ses pieds semblaient tous menus dans leurs escarpins vernis. Le garçon l’a regardée, juste assez pour tout enregistrer de sa blondeur, de ses yeux rieurs et de sa bouche ourlée de rouge cerise, et vite il a regardé droit devant lui, comme si elle n’était plus là, mais j’ai vu que de fines gouttelettes de sueur perlaient sur son front, juste à la racine des cheveux. La belle était accompagnée d’une amie, qui paraissait terne à côté d’elle, et qui semblait n’être là que pour écouter son bavardage, en souriant et en hochant la tête par moment, en signe d’acquiescement. Le jeune homme, parfois, les regardait, sans en avoir l’air, comme s’il essayait de capter son propre reflet dans les vitres noircies par les tunnels. Il n’avait pas fallu longtemps à une oreille attentive, et à peine indiscrète, pour entendre de la jolie bouche carmin que ces demoiselles fraîchement arrivées en ville prendraient désormais le métro de 18h45. Elles se sont envolées trois stations avant la mienne et j’ai perçu le relâchement de tous les muscles de mon voisin, qui a semblé tout mou tout d’un coup ! Le lendemain, effectivement, elles étaient là à l’heure dite et j’ai à nouveau perçu les ondes qui passaient entre le garçon et la fille qui pérorait toujours à l’adresse de sa compagne, que je surnommait aussitôt « la discrète », comme j’avais déjà nommé « l’absent », à qui il allait falloir donner un autre qualificatif… A partir de là je le vis chaque jour avec des fleurs à la main, de modestes fleurs sans doute cueillies dans le coin reculé d’un square : d’abord une, puis deux, puis trois… Le nombre augmentait chaque fin d’après-midi, jusqu’à faire des bouquets, jusqu’à celui-ci qui donnait la mesure du temps  passé. Mais jamais l’homme ne disait rien. La fille, par contre, s’amusait franchement et ne ratait jamais l’occasion de perdre l’équilibre dans une courbe pour se laisser aller contre le torse de son voisin ou se retenir à la manche de sa veste. Alors elle s’excusait en riant, accusant ses escarpins, puis adressait un clin d’œil à son amie.
Pourtant, aujourd'hui, le jeune homme a pris une grande inspiration, a baissé la tête en me souriant, comme pour me montrer qu’il savait que je l’observais, et a relevé les yeux pour regarder la jeune fille. Lentement, il a baissé le bras, l’a tendu dans sa direction. Mais alors qu’elle tendait ses mains, doigts écartés, pour recevoir l’offrande en minaudant, le bouquet est passé devant son visage et s’est posé dans les bras de la discrète qui a rougi, blêmi et empourprée à nouveau quand l’absent lui a dit : « Accepteriez-vous de descendre au prochain arrêt avec moi ? » Et comme si le temps était complice, la rame s’est arrêtée et le couple est descendu, lui et elle se frôlant sans se toucher, elle serrant un gros bouquet sur son cœur, lui imperceptiblement penché vers elle.
Dans le métro qui repart, une fille ne comprend pas très bien se qui vient de se passer, et je me dis qu’il va peut-être falloir trouver un autre sujet de distraction sur mon trajet.

lundi 21 septembre 2015

Rideau

     J'ai eu envie d'essayer un texte sur la dernière proposition d'atelier en ligne de MILETUNE (semaine 39)...


     Ca y est, je les vois ! Mes parents, ma sœur cadette, l’aînée et son mari. Le gamin là, juste devant, ne peut être que leur fils, il a la même face de lune que son père ! On ne peut pas dire que l’éclairage soit flatteur… mais même la lumière naturelle ne parviendrait pas à leur donner du charme. Mes souvenirs ne jouent pas en leur faveur.
     Caché derrière les plis du grand rideau cramoisi qui sent la poussière, je les observe par le trou et je jubile. Je sais, ils ne savent pas ! Lorsque j’ai entendu cette toux catarrheuse pendant le premier acte, j’ai immédiatement su qu’il était là. Mon père. J’ai failli en rater ma réplique mais je me suis reprise juste à temps et, comme d’habitude, la salle a croulé de rire. C’est que je maîtrise mon texte, depuis le temps que nous jouons cette pièce, et Gustave, le metteur en scène, assure qu’il n’y a personne d’autre que moi pour ce rôle ! Il faut dire que Feydeau a sublimé les femmes de petite vertu et que je donne tout ce que j’ai dans ce genre de pièce !
     Si j’ai atteint la notoriété, si les critiques sont bonnes, ce n’est certainement pas à eux, là-haut, que je le dois. J’ai fait pleurer ma mère qui n’a pourtant rien fait lorsque mon père m’a mis à la porte comme un chien. Ma sœur avait honte de moi et ne voulait jamais que je sois vu en sa compagnie. Dame ! Elle fréquentait déjà cet abruti de Jean Desclos, héritier des trois boucheries Desclos de la ville, héritier par sa mère d’un haras en Normandie… Il n’aurait pas été séant d’introduire dans ce beau petit monde un frère et beau-frère « qui n’avait rien dans la culotte », « qui se dandinait comme une fille », « qui riait haut et s’intéressait aux garçons »…
     Il se disait beaucoup de choses, pas jolies, méchantes, et pourtant vraies. Mais j’avais un rêve, et il m’a amené aujourd’hui sur cette scène où je les amuse, où je leur donne du plaisir et peut-être même quelques petites idées égrillardes… Ils ne m’ont pas reconnu, ne se doutent de rien, ne se permettraient même pas d’imaginer que Florent est devenu la belle Florence Dumont qui brûle les planches partout où elle passe !
Il n’y a que Nana, toute en blondeur, que j’aimerais serrer dans mes bras. Elle était si petite…
     Allons, les lumières se tamisent les renvoyant au nombre des spectateurs anonymes et dissimulant le manque dans la mâchoire de Jean. Moi, je vais briller à nouveau, et ils vont m’applaudir !




vendredi 18 septembre 2015

Thérapie de groupe

     Ca y est, je viens d'entamer une nouvelle cure d'atelier d'écriture ! La porte s'est réouverte jeudi soir, sans trop grincer après l'été, quand les mots s'étaient mis en vacances...
     Pour fêter ça, j'avais apporté un paquet de ces bonbons qu'on dit "régressifs"... et nous avons joyeusement régressé en choeur ! La célèbre boule a même eu une place de choix dans les textes "tournants" rédigés en guise d'échauffement, d'où un surcroît de rires ! J'ai déjà eu l'occasion de dire que nous portons aussi la casquette virtuelle "d'atelier du rire", sans augmentation de cotisation !


     Oserai-je dire que la "Tagada thér'Happy" a permis à l'un et l'autre de ramener sa fraise ?... Oui !!!

    Ces premiers textes étant communs, vous n'en verrez pas. Ce sont les plus longs puisque nous étions huit.
     La consigne suivante était de trouver une définition du verbe "écrire", à mettre dans un pot pour pouvoir la tirer au sort et l'ajouter à d'autres mots évoquant pour chacun de nous le "vent", terme qui ne nous est pas tout à fait étranger ici : moulin, chant, souffle, bise, voile, tourmente, tramontane, Eole.

Quand l'ennui me tourmente, qu'un voile de mélancolie se pose sur mon humeur, plutôt que d'invoquer Eole et son souffle puissant pour dégager l'horizon de mes pensées, j'écris.
J'écris pour le plaisir des mots, pour le chant d'une phrase, le tableau qu'elle propose à [mon] imaginaire.
Je peux alors décrire la bise glacée sur les steppes de Sibérie, les ailes du moulin alangui dans la torpeur de l'été ou la tramontane qui le transforme en pantin désarticulé aux gestes fous.
J'écris pour rêver, j'écris pour me calmer, pour exister.

     Puis, comme il restait des sucreries et que nous étions trop contents de nous retrouver pour déjà nous séparer, nous avons fait un acrostiche :




Esquisser un texte,
Capturer des mots,
Raturer parfois,                              
Inventer des phrases,
Rêver des histoires, bref...
Ecrire !






Aurez-vous deviné le fil conducteur de la soirée ? Il était destiné à l'accueil de potentiels nouveaux adhérents, avec lesquels nous n'avons pas eu besoin de partager nos bonbons !

mercredi 16 septembre 2015

L'anniversaire du mois

     Le mois de septembre n'est pas saturé en cartes dans ma sphère "scrapesque" ! J'ai profité du dimanche pluvieux pour préparer celle-ci, qui a été livrée hier...

Carte (et enveloppe) kraft Kippers Creatif
Tampons Joy Craft, My Paper World, Marianne Design chez Kippers Creatif
Tampon Anniversaire Kesi'art

lundi 14 septembre 2015

93 coeurs pour un Mariage et des rêves d'enfants

Nous sommes 170 auteurs et illustrateurs à avoir participé depuis Avril 2011 aux projets en faveur de l’association Rêves qui permet à des enfants gravement malades de réaliser leur rêves grâce aux  droits d’auteurs et les bénéfices divers générés par nos 4 livres (anthologies éphémères) publiés à ce jour :
Parmi nous, des personnes de nombreux pays et horizons, de tous les âges (neuf ans à plus de quatre-vingts) déjà connues dans leur domaine, dans leur art (artistes – photographes, peintres, sculpteurs, écrivains) et puis d’autres, anonymes qu’on ne connaîtra jamais que sous les pseudonymes qu’ils se sont choisis.
Chaque fois que nous avons réussi à faire sourire un enfant, nous en avons été immensément heureux. Depuis notre premier livre cinq rêves sont déjà réalisés, un autre est en passe de l’être, nous avons versé près de huit mille euros à l’association Rêves
Nous sommes particulièrement fiers de notre nouveau-né : Le Mariage.
Ce livre de 334 pages sur lequel nous avons travaillé depuis février 2012 représentait un défi supplémentaire en ne nous contentant pas de rassembler des textes indépendants mais en écrivant une véritable histoire, celle du mariage de Marie et Clément et de toutes les personnes qui y ont assisté et qui confient leurs sentiments, leurs souvenirs au contact des mariés. Chaque auteur a créé son personnage, lui a donné vie. Ceci a nécessité une communication par courriel entre les différents auteurs et une relecture attentive de coordinateurs pour assurer la cohérence du tout. Les illustrateurs avaient une contrainte : travailler en noir et blanc, pour diminuer le coût du livre.
Nous souhaitons de tout cœur que le mariage, ce livre pas tout à fait comme les autres, aux 186 mains et 93 cœurs, ait une audience record parce qu’il le mérite mais surtout pour qu’il puisse donner de la joie à des enfants malades.
Merci à tous ceux qui achèteront ce livre et qui partageront cette information avec leurs amis et connaissances par mail et sur les réseaux sociaux.
http://www.les-anthologies-ephemeres.fr

dimanche 13 septembre 2015

Un atelier d'écriture

Ce samedi, je m'étais inscrite à un atelier, dans une médiathèque proche de chez moi. L'an dernier, j'avais beaucoup aimé participer. Un monsieur était invité, qui s'est présenté comme artiste-plasticien, écrivain, diplômé de conduite d'atelier d'écriture, thérapeute intervenant dans des structures scolaires, pénitenciaires et psychiatriques... Tout un programme ! J'ai surtout trouvé qu'il parlait beaucoup et eu le sentiment qu'il aimait s'écouter parler, mais ce n'est que mon ressenti et... ça s'analyse peut-être !
C'est en tout cas ce qu'il a essayé de faire sur nos textes, et je n'ai pas aimé car je n'étais pas venue pour ça. Est-ce un rejet, docteur ?
Je vous livre ici ma prose, en vous demandant de ne pas chercher à démêler le vrai du faux, toute ressemblance... etc, etc !


Portrait chinois :
 Si j’étais :
une ville : non, juste un petit village, dans la verdure
un animal : un aigle, pour regarder le monde de plus haut, en découvrir les multiples aspects
un sentiment : la joie, communicative, vivifiante, rassurante
un plat : convivial et rigolo, comme un grand plat de spaghettis
une couleur : le bleu, dans toutes ses déclinaisons, entre mer et ciel
un métier : un livre, des livres, qui délivrent
un végétal : la rose en son parfum
un minéral : le granit assurément
un monument : un château écroulé, car toute force a ses faiblesses.

 
A  partir de là un très court texte incluant tout ou partie de ces éléments :



Dans le grand livre de la Vie, je voudrais écrire mon chapitre, tout petit, cette part d’éternité qui m’a été donnée et que j’ai employée du mieux que j’ai pu.
J’ai essayé de ne pas être une forteresse imprenable, non, j’aime trop la joie, le rire… Je me définirais plutôt comme un petit village, caché dans un trou de verdure, jamais loin des bleus de la mer, qui me sont si chers.
Je voudrais pouvoir dire, au soir de mon existence, que je n’ai fait de tort à personne, que j’ai su regarder l’autre avec indulgence et que j’ai distillé l’amour, comme la rose son parfum.

Puis a commencé la rédaction d'un texte, qui devait tous (nous étions huit) nous impliquer. Postulat de base, nous partions sur une île déserte, en emportant une dizaine de "choses", sans espoir de retour. J'ai commencé ainsi : 

Quand j’ai su que les flics allaient me serrer, j’ai compris que mon temps était compté et que je devais décaniller dans l’heure.
Mon pote Dédé, qui a toujours épongé mes conneries, de plus en plus grosses depuis la maternelle, m’a dégoté un petit bateau qui m’attendrait dans un coin de calanque, pour m’emporter vers une île dont seul le pêcheur avait les coordonnées, quelque part au milieu de la Grande Bleue.
J’ai tout juste eu le temps de passer chez moi rassembler quelques affaires, sans trop réfléchir à leur éventuelle utilité dans une fuite que je savais déjà sans retour : un rasoir à lames, deux jeans, un pull, des chaussures de marche, mon vieux Beretta, trois chargeurs et les dernières boîtes de munitions qui restaient dans ma planque. Sans lui, je me sens nu.
Arrivé sur la plage après une traversée plus que mouvementée, je me suis dit que mes priorités n’étaient sans doute pas les bonnes, mais je n’avais pas eu assez de temps pour y penser. Le mec qui m’avait amené était reparti sans un mot, sans même me laisser les coordonnées de mon nouveau royaume.
Oui, c’était mon « chez moi » maintenant, et j’étais bien avancé. J’allai crécher où ? Manger quoi ? Et moi, Jo le taciturne, est-ce que je tiendrai, sans personne à engueuler ?

Devait suivre une "super consigne" pour pouvoir continuer, que nous n'avons jamais eu car, bla-bla-bla aidant, le temps avait beaucoup tourné, l'heure de fin annoncée était largement dépassée et plusieurs devaient impérativement partir, ce qui a mis fin au jeu ! Frustant, n'est-il pas ?


Je précise qu'il y avait quatre heures que nous étions là. Et si les 12 places maximum avait été remplies ?...
Finalement, je m'amuse beaucoup dans notre petit "atelier artisanal" ! Mais comme je dois être maso, je me réinscrirai, une prochaine fois, pour découvrir autre chose.




samedi 5 septembre 2015

Atteinte à l'attente !

J'en ai encore éliminé deux...

     Ce n'est pas un crime, non, non ! Plutôt une bonne action envers moi-même ! Deux minis en souffrance depuis bien trop longtemps :

     Dans CELUI-CI, réalisé dans mes balbutiements scrapesques alors que mon professeur elle-même débutait, il ne manquait que deux photos (honte à moi !)


     Quant à CELUI-LA... je l'avais complètement oublié ! Je ne peux pas avoir encore honte, j'ai épuisé mon potentiel plus haut !!!
Je l'ai réalisé en tête-à-tête avec mon écran, un soir qu'Anne, de la Fée du Scrap, animait un atelier en ligne.
La structure était terminée, les pages coupées, les photos prêtes à être collées. Mais il restait à assembler le tout et à décorer. Voilà qui est enfin fait.


     Si vous avez pris la peine de feuilleter  ces deux albums, j'espère que la promenade iodée sur la Côte des Légendes vous aura requinqués ! Kenavo !

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mardi 1 septembre 2015

Septembre

(Armoise arborescente - Parc floral et animalier de Ploudalmézeau)

Septembre est souvent
comme un second et court printemps.

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