dimanche 25 octobre 2015

Mal-Lettres...


                        Ron Mueck



Que dites-vous, Albert ? Je ne comprends rien ! Crachez donc les épingles que vous avez dans la bouche, et ne serrez pas si fort ! Pardon ?... « Tout est relatif » ? Mais qu’est-ce que vous savez de la relativité, Albert ! Vous êtes toujours dans la lune ! Ah, et ne me tirez pas la langue s’il vous plaît ! Vous croyez que je ne vous vois pas dans la glace de l’armoire ?
Et Michel, votre collègue chauve, toujours à flatter la clientèle ? « Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine »… Tu parles ! Donc les moches sont intelligentes ? Je ne suis quand même pas si mal que ça, dites-moi ?...
Remarquez, je ne suis pas vache : j’ai parlé de lui dans mon livre. Oui… De vous aussi, Albert, et même un peu plus longuement que ces lèche-bottes de Botero ou de Saint Phalle qui m’envoie des photos de leurs « grosses » en croyant me faire plaisir… Trois lignes en « B », trois lignes en « S » et passez muscade, ils jubilent de passer à la postérité ! Je ne ressemble pas du tout à leurs dondons. Moi, je suis proportionnée, j’ai simplement le poids de ma taille ! Vous dites ?... J’avais cru entendre « Un peu plus »… Ah, vous avez dit : « Un peu plus espacés, les bigoudis »… Je n’avais pas capté la fin !
Quelle plaie ces courbatures… Tout de même, être obligée de recevoir ce journaliste au lit… Oui, je sais, certains vont écrire que j’ai la grosse tête et que c’est pour ça qu’elle ne décolle pas de l’oreiller. Mais que voulez-vous, je n’ai pas choisi d’être si intelligente qu’on ne peut que se sentir petit à côté de moi… Vous savez, la connaissance n’apporte pas forcément le bonheur, et c’est fatigant de n’être sollicitée que parce qu’on a réponse à tout… Ça alourdit les relations…
Je voudrais qu’on m’aime, et qu’on me voie juste comme une femme…
S’il vous plaît, Albert, ne m’appelez plus « Madame Universalis », mon petit nom, c’est « Encyclopaedia » !

samedi 24 octobre 2015

Je ne suis qu'une pomme

     Un sac de pommes tombées, un bon couteau, une gousse de vanille (de la Réunion, s'il vous plaît !), de la cannelle, et puis quelques résolutions : un pot pour la congèle, un pour le fond de tarte... Résultat : orgie de compote !


Je ne suis qu'une pomme
Un peu rouge, un peu jaune
Je ne sais ce que pensent
Les centaines de pommes
Que le grand vent balance
Au milieu de l'automne.
Je m'accroche comme elles
En suppliant le ciel
De ne pas me laisser
Choir trop tôt sur le pré.
Je ne suis qu'une pomme
Un peu rouge, un peu jaune
Parmi beaucoup de pommes
Qui ne savent pourquoi
II leur faut être pomme
Dans un pommier d'automne
Et tomber comme moi.

Maurice Carême

dimanche 18 octobre 2015

Il était là...

     Il était là, avec son regard triste d'enfant perdu, avec l'air étonné de nous voir de si près, avec cette innocence qui l'a fait s'arrêter et revenir sans cesse en un lent ballet marin, avec son souffle tiède sur ma main...
J'espère que sa curiosité ne trouvera en retour qu'une autre curiosité et beaucoup de respect, j'espère qu'il reprendra sa route, son monde n'est pas ici, même si ce fut une belle rencontre !




Salon d'Automne

Mil et Une - Semaine 43

John Emms



Á Messieurs les Membres de l’Académie Royale des Arts,

Plaise à vos Seigneuries d’accepter ce tableau pour le Salon d’Automne.

Quand il paraîtra devant vous, je ne serai déjà plus de ce monde ingrat où la faim a rongé mon corps comme la paille humide de ma couche a rongé mes os. Il y a sans doute plus de barbouilleurs et de peintres obscurs comme moi que de portraitistes de cour au talent incertain et à la bourse pleine. Ici-bas, les courbettes plaisent et leur seul art est de travestir la laideur en une apparence banale mais plus flatteuse. Je ne suis pas de ceux-là.
Aussi, ne vous y trompez pas, ceci n’est pas le portrait de trois chiens – pour qui j’ai bien trop de respect – mais celui d’une famille de votre aristocratie qui devrait se sentir honorée d’être ainsi sublimée…
Regardez-les : ils ont indéniablement de la prestance, sont racés, et en même temps exposés à ces tares rampantes qui atteignent tous ceux qui, échappant à la surveillance du maître, s’obstinent à se croiser dans le même chenil.
Lui a ce plastron large et amidonné, fait pour recevoir médailles et décorations, alors que dessous ne palpite qu’un cœur étriqué, coincé dans une cage thoracique étroite où il ne se débat même pas. Il garde la tête droite, il faut bien paraître, et les oreilles dressées : entendre qui médit de vous et capter la médisance à rapporter servilement, c’est un art où ce cabot excelle.
Elle, qui n’a rien choisi mais qui se satisfait de sa position de femelle dominante, a ces mêmes petits yeux ronds et rapprochés, si attendrissants chez les bêtes, signes de vice et de curiosité malsaine chez mes semblables. Leur nez est pareillement long, pour mieux aller se fourrer dans les affaires des autres et leur truffe perpétuellement humide de médisance capte les moindres relents de scandale juteux. Regardez ses mains – que dis-je, ses pattes – longues, avec des doigts épais faits pour porter les bagues les plus grosses. Elle sait tenir sa place, juste assez basse pour ne pas faire d’ombre à son époux, mais suffisamment proche pour qu’il n’oublie jamais qu’elle est là, même s’il lui arrive parfois d’aller courir d’autres chiennes, rarement dans les salons, souvent dans les cours de fermes…
Regardez le dédain affiché par leurs bajoues flasques et leur lippe pendante. Si vous ne vous reconnaissez pas, vous ne nierez pas y retrouver l’une ou l’autre de vos connaissances ?
Il y a enfin ce chiot, si jeune mais déjà à bonne école, qui, bien sûr, suivra les traces de ses parents. Il se contente, pour l’heure, de les imiter, de leur ressembler au maximum, et déjà il lui faut usurper le bien d’autrui pour se vautrer, sa panse grasse ne saurait se contenter de la terre battue. Serait-il un bâtard qu’il conviendrait de sauver les apparences et de le faire paraître sur le tableau de famille. Sinon, à qui irait l’héritage ?
Ne vous apitoyez pas sur leur maigre pitance, les reliefs des riches tables sont toujours plus nourrissants que les pauvres pots du commun.

Allons, Messieurs, je ne vais pas d’avantage détailler ce tableau. Si vous ne l’avez pas apprécié au premier coup d’œil, la lecture de ma lettre vous aura à tout jamais dissuadé de l’exposer. Le faire serait pourtant faire preuve de votre intelligence ou, du moins de votre croyance que l’humain ne peut pas voir au-delà des apparences. Moi, je me laisse glisser dans les brumes d’un mauvais alcool qui va m’aider à partir loin, très loin de vous.

mardi 13 octobre 2015

Déprime en prime...

Finalement très inspirant, le sujet de cette semaine chez Mil et Une...
Alors, je vous en ressert une petite tranche !




 - Allez, Flibuste, viens mon chien ! On va profiter de cette accalmie après l’orage de grêle pour faire quelques courses… Regarde, le plafond est bien bas… Ca m’étonnerait pas qu’on ait de la neige cette nuit et avec la nouvelle lune, il va faire noir comme dans un four. Déjà que c’est le désert dans ce patelin, en plein jour… Je vais acheter des bougies, on ne sait jamais, et puis aussi des œufs. On se fera une omelette ce soir ? Dire que je m’étais offert un nouveau chapeau et des chaussures vernies, pour mon anniversaire… Je ne suis pas près de les étrenner, avec ce temps… Allez, ouste, on sort avant que je devienne marteau, et que j’essaie de retrouver le parfum des acacias en fleurs dans le fond de mon verre…

dimanche 11 octobre 2015

Casse-tête

Une nuit est passée,
l'idée m'a visitée
d'une autre interprétation
 
 
- Chef, Chef ! Je crois que ce coup-là on a mis la main sur quelque chose de gros ! Regardez…

- Qu’est-ce que c’est que ça ? Un tableau d’apprentissage pour les maternelles ? Un rébus ? Un truc pour une réclame ? Vous l’avez trouvé où ?

- C’est la B.R.B. qui a serré la bande à la Flibuste au moment où ils rencontraient les Russes… Dans le fourgon, ils ont trouvé cette toile et ils pensent que c’est un message codé qui devait passer à l’Est. On est chargé de déchiffrer, mais je sais pas par où commencer !

- Demandez à Jacob et Delafon de vous aider. Et tenez-moi au courant.

………

- Alors, les gars, cette croûte, vous l’avez faite parler ?

- Ben… Jacob a trouvé : « Il faut marcher sur des œufs, il risque d’y avoir de la casse si le boss n’a pas une idée lumineuse » mais y’avait pas besoin de coder pour dire ça, non ? Moi, je pense plutôt : « Assommer le type au chapeau qui fait l’œuf et brûler les pieds de la copine avec qui il a bu un verre ». Là, déjà, ça se tient mieux ! Mais qui serait le type en question ?
Par contre, Delafon a une autre interprétation : « Quand le plafond sera dégagé, à la prochaine lune, l’Orage livrera la neige rue de l’Acacia dans un lieu désert ».

- Ouais… Une livraison de drogue… Je penche pour l’idée de Delafon… Je vais demander au Fichier s’il ont un type qui se fait appeler Orage, et je contacte Interpol pour recenser les villes où il y a une rue de l’Acacia. On commence à y voir plus clair !

- Ah, bonjour tout le monde ! Je vous apporte du café ! Tiens… ?  Y a des amateurs de peinture, ici ? Où vous avez trouvé cette repro de Magritte ? Il est dingue ce tableau, hein !

samedi 10 octobre 2015

Case Départ

Nouveau défi chez Mil et Une !





Pourquoi vouloir absolument tout mettre dans des cases ? Il faut être un peu marteau, ou vouloir trouver des poils sur un œuf pour agir de la sorte ! Si la vie ne devait être qu’une boîte où l’on s’enferme, un abécédaire d’idées reçues, où serait le plaisir ? Il faut oser le bonheur, le laisser s’approcher sans le brusquer, il peut être aussi fragile que la flamme d’une bougie, mais il éclaire et réchauffe tout autant dans la nuit de l’ennui…
Regardez, prenez exemple sur moi : sur la Mer du Bon Temps, je suis le roi de la flibuste ! Je connais toutes les îles où s’abriter en attendant que passent les orages, les coups de gueule, les coups de dents, je détourne des cargaisons de petites joies parfumées comme des fleurs d’acacia, légères comme des flocons de neige et je m’en repais sans complexes, les doigts de pieds en éventail, le chapeau sur le front, sous le soleil, exactement. Dans mes bouges de bonheur, celui qui entre est un ami. Ensemble nous chantons fort et les verres partagés font reculer des déserts d’indifférence. Fi des cravates qui vous étranglent, des costumes de convenances et des chaussures vernies, pensez différent, soyez fous, laissez la petite araignée que vous avez au plafond tisser gentiment la toile de vos rêves. « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain. Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ».

mardi 6 octobre 2015

Maestro

Quelques années, et un peu de rangement plus tard, je colle enfin la carte que j'avais achetée à Prague au texte qui lui va si bien, que j'avais publié en son temps, ailleurs sur le net...



Rémi hait les chats autant qu’il aime son rat.
Oh, Maestro est même plus que cela ! Il est son ami, son seul et unique ami. C’est un petit être chaud et curieux, vif et intelligent et Rémi jauge les gens qu’il côtoie à l’aune de leur capacité à accepter Maestro.
Dans son costume gris un peu élimé, il se dit que le bilan de sa vie se résume à peu de choses : un petit animal, une valise et une caisse d’outils qui doit déjà l’attendre dans la tribune, au-dessus du grand portail de Sainte Eulalie. A-t-il déjà eu des rêves, des envies ? Il ne s’en souvient pas. Des souvenirs ? Comme d’autres ont des palmiers dans la tête, des banquises dans les yeux ou des murmures de rivières dans les oreilles, lui n’a qu’une suite de voûtes, de piliers, de statues, une odeur de cire et d’encens qui lui colle au veston. Á soixante ans, il en paraît dix de plus, mais en a-t-il déjà fait dix de moins ?..
Facteur d’orgues. Il est un artisan reconnu et respecté. Mais c’est grâce à lui que l’organiste se fait virtuose, c’est l’artiste qu’on admire, pas le mécano. Et ça, Rémi, il a toujours eu du mal à le digérer.

Le parvis de Sainte Eulalie. En face, le Café de la Place. « Beaucoup d’imagination ! » note ironiquement le vieil homme qui revient aussitôt à ses ruminations.
Pourquoi toujours rester dans l’ombre, pourquoi ne jamais oser changer le cours des choses ? Il sent la hargne des petits, le venin de la révolte monter en lui. Après avoir longuement caressé Maestro repu d’un gros morceau de croissant, Maître Rémi Fassol pousse en soupirant la lourde porte de l’église et grimpe l’escalier grinçant.
C’est décidé, il va saboter l’orgue, placer les sifflets de travers ou dévisser quelques clés. Sa réputation est telle que personne ne le mettra en cause. Seules les capacités de l’organistes seront contestées.
Il se met à l’ouvrage, si l’on peut dire, et s’interrompt en entendant un léger raclement de gorge derrière lui.

- Bonjour Monsieur, dit un petit garçon blond, est-ce que je peux vous regarder travailler ? Je voudrais faire comme vous, quand je serai grand. C’est un beau métier !

- Oui… Si tu veux… Mais ne me gêne pas surtout, bougonne le bonhomme.

Finalement, ce sera, une fois de plus, un travail irréprochable, et l’assistance sera ravie.

Le cliché est de Jan ANDEL (bez nàzvu - 1974)

dimanche 4 octobre 2015

Tracer sa route...

Je suis devenue addict du blog de Mil et Une, et je participe à nouveau au défi hebdomadaire !






C’était un gars ordinaire qui menait une vie ordinaire dans laquelle il croisait des anonymes qui ne le voyaient pas, qui ne se voyaient pas. Il n’était qu’un grain de sable, même pas un de ceux capable d’enrayer une machine.
Alors il décida de tracer son chemin, tout seul, pour voir où cette route le mènerait, et il prit la clé des champs…
Il ne lui fut pas simple d’imprimer sa trace, de baliser son passage, d’ouvrir par sa volonté d’autres possibles pour qui voudrait le suivre, de persister à cheminer seul, pourtant, en continuant à tirer tout le poids de son passé qu’il ne souhaitait pas oublier. Il voulait mesurer la distance parcourue depuis qu’il avait pris sa décision, il était fier de voir que son regard pouvait se perdre au-delà de l’horizon où se noyait son « avant »… Il avançait malgré les obstacles, comme un bœuf ahanant sous le joug, enfonçant un pied après l’autre dans la terre grasse de l’avenir qu’il se traçait.
Et il finit par s’arrêter, au bout du rouleau. Il ne pouvait plus rien dévider, il avait tout donné. Mais comme la foi, ou la volonté, peut soulever des montagnes, dans un ultime effort il souleva le bitume pour voir ce que, peut-être, toute la route qu’il avait parcourue lui réservait encore de surprises. Dessous, il trouva des pavés et, sous les pavés, la plage…
Il fut émerveillé devant la multitude de grains de sable en apparence sans importance qui doraient la grève. Alors il s’allongea, se fondit en eux, se laissa rouler par la vague et entraîner pour un dernier voyage…

jeudi 1 octobre 2015

Octobre

La page est tournée...



Souvent la Sainte-Thérèse apporte un petit été, 
mais surtout, jardinier, ne va pas te déshabiller.

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