samedi 28 mai 2016

L'homme à la moto

J'ai eu vraiment besoin, aujourd'hui, d'échanger les mots d'autres que je corrigeais avec les miens, à écrire sur la consigne de la semaine 22 de Mille et Une...



Il portait des culottes, des bottes de moto, il habitait au bout de la rue et c'est au niveau de ma porte qu'il mettait pleins gaz, pour mieux affronter la grande côte avant le carrefour.
Il passait tous les matins à la même heure et je savais alors qu’il était temps pour moi de me préparer à partir si je ne voulais pas rater le car. Quelle idée j’avais eu de venir habiter ce petit village à vingt kilomètres de la ville ! Ça n’était pas un problème tant que ma vieille 4L avait tenu le coup, mais un jour, après un hoquet, elle avait définitivement refusé de répondre à mes sollicitations de plus en plus rageuses et était restée sous l’appentis tandis que je prévenais que je serai en retard. C’est le directeur de l’école qui était venu me chercher pour limiter les dégâts : il y avait déjà une institutrice en congé de maladie et une en stage, pas question de disperser encore une autre classe ! Á la récré il m’avait donné les horaires des cars : facile ! une demi-heure avant le début des cours et deux heures après la fin. Point-barre. Et aucun le dimanche. Au moins je pouvais faire quelques courses avant de rentrer, encore heureux que l’arrêt ne soit pas trop loin de chez moi…
Une heure plus tard j’entendais le bruit de la machine et du tuyau d'échappement. Réglé comme du papier à musique, le mec ! S’il sortait le soir, en tout cas, c’était sans son engin.
Je ne connaissais de lui qu’une silhouette sombre et fugitive, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos. Probablement qu’il ne savait même pas que j’existais, je ne pensais pas l’avoir croisé lors de mes balades dominicales dans la campagne.
Mais un soir, la moto s’est arrêtée devant ma porte. Surprise, j’ai fixé ma fenêtre aux volets fermés sur la nuit d’hiver, comme pour voir à travers. Trois coups à la porte, un grand corps qui s’encadre dans l’entrée, un sourire ravageur dans un visage à la barbe naissante, de grandes mains aux ongles pleins de cambouis qui tenaient un casque noir, assorti… Il m’a dit : « Si je n’entre pas, c’est le froid qui va le faire ! » puis il m’a expliqué qu’il était copain avec mon directeur, et qu’il venait d’apprendre, pour ma titine. Si je voulais bien, il pouvait jeter un œil, c’était son métier. Moi, je le regardais parler plus que je ne l’écoutais, en me demandant si, sur les biceps, il avait un tatouage avec un cœur bleu sur la peau blême… Comme il disait : « Demain dimanche ? » j’ai répondu « oui » sans vraiment réfléchir, le cœur et la tête déjà à l’envers, avec ces mots que je retenais à grand peine : « Ne pars pas ce soir, je vais pleurer si tu t’en vas… ». Quand il a tourné les talons, l’aigle me défiait.
Il s’est débrouillé pour trouver des pièces, j’ai récupéré ma voiture et ma liberté, de déplacement tout du moins. J’ai pu accepter une soirée en boîte avec mes collègues. J’y ai retrouvé mon sauveur dont une méchante langue de voisine m’avait affirmé que jamais il ne se coiffait, jamais il ne se lavait, ce qui, à l’évidence, était faux. Je fondais comme une glace au soleil… Alors Gérard m’a glissé dans l’oreille de ne pas trop fantasmer sur son pote : il avait une petite amie, du nom de Marie-Lou.
Idylle morte avant même d’avoir existé…

Pour un instant de nostalgie...

vendredi 27 mai 2016

Vert tige

Quand il fait beau, c'est que du bonheur !


Mon muguet a mis le temps, mais ça y est, il est là ! Et comme j'ai horreur des dates imposées, je jubile ! Et en plus, il sent bon... à faire tourner la tête !

samedi 21 mai 2016

Avoir des boutons



- Dis, qu'est-ce que tu fais ?
- Ah, te revoilà, toi ! D'abord on dit "bonjour", et puis ça se voit, non ? Je fais une carte.
- Pourquoi ?
- Pour remercier.
- Qui ?
- Tu m'énerves, Bztt...! Bon, autant que je te dise, comme ça j'aurai la paix : j'ai rencontré dernièrement une charmante dame qui collectionne les boutons...
- Elle est malade ?
- Non, elle ne te connaît pas ! Et toc ! Donc je disais... J'en ai beaucoup, comme sans doute pas mal de gens, ramassés ici et là, récupérés sur de vieux vêtements, hérités aussi. "Ca peut servir !". Et ça sert quand on ravaude pour trois Stroumpfs et, qu'en plus, on scrape ! J'ai donc trié, lui en ai trouvé de très beaux complètement démodés, et je lui ai offert un joli lot, qui lui a fait plaisir puisqu'en retour, elle m'a fait parvenir un petit colis de chocolats suisses...

- Elle planque ses sous en Suisse, ta copine ?
- Non, sale bête ! Elle habite à une portée de tapette à mouche de Genève ! Voilà pourquoi je lui fais une carte personnalisée !
- Ouais, bof, elle est toute usée, ta carte...
- Fiche le camp avant que je me fâche ! Tiens, pour la peine, je te pixélise !


 - Ouah ! J'adore ! On dirait du pointillisme ! Je vais l'accrocher chez moi pour faire baver les copines ! Dis... Je peux lécher le chocolat ?
- File !





jeudi 19 mai 2016

Parle à ma main !

La main dont vous vous servez écrit une lettre à votre autre main...

Coucou, c'est moi !

Tu voudras bien m'excuser de ne pas t'avoir écrit plus tôt, mais tu sais, j'ai été bien occupée ces temps-ci ! A cause de toi, d'ailleurs. Parce que, depuis que tu es dans ton plâtre, je suis obligée de tout faire toute seule, et bien sûr ça me prend plus de temps.
J'ai souvent dit que tu es maladroite, désorganisée, et bien souvent je vais plus vite que toi, mais jamais je ne m'étais vraiment rendu compte que, malgré tes bêtises, tu me rends service !
Sans toi, pour le coup, c'est moi qui me sens gauche. Je peux couper - écrabouiller, plutôt - piquer, tenir une cuiller, mais je ne peux pas, par exemple, porter une marmite. Quel dommage que tu n'aies pas vu le gâchis que j'ai fait aujourd'hui, tu aurais beaucoup ri. Mais tu ne montres que le bout de tes doigts, accrochée à cette écharpe qu'il porte autour du cou. Par contre tu dois l'entendre pester, et je suppose que tu ricanes dans ton coin, te disant que c'est bien fait pour moi qui me targue d'être "adroite" !
Oui, je te dois des excuses : nous sommes jumelles mais différentes, toi la douce qui porte l'anneau, moi l'impulsive si prompte aux coups. Pourtant nous savons nous unir pour l'aider, lui, l'homme. Tu l'imagines sans mains ? Déjà qu'avec une seule il est perdu... C'est vrai qu'il a la réputation de savoir tout faire de ses mains, mais il ne pense jamais à nous en remercier. Il y a même certains jours où il ne sait pas quoi faire de nous ! Mais tu vois, qu'une vienne à manquer et il se sent tout bête.
Alors je t'en supplie, guéris vite et reprends ta place, de l'autre côté de ce corps qui s'agace. Ensemble nous serons plus fortes, ensemble nous pourrons accomplir de grandes choses, sûrement, et puis tu sais, il compte sur nous deux pour aller applaudir cette jolie danseuse dont j'ai carressé le bras pendant que tu remontais le long de son dos... Tu te rappelles ?
Allez, reviens vite me donner un coup de main ! 

Ta main soeur.

Rodin - La cathédrale

mardi 17 mai 2016

Odyssée

Les très savants chercheurs de l'atelier d'écriture ont récemment fait une découverte d'importance : la version connue du retour d'Ulysse à Itaque est loin d'être la seule ! Nous avons trouvé plusieurs textes où Homère suggère des fins très différentes de celle publiée, à commencer par celle que j'ai dénichée. Noter aussi que le héros est revenu au bout de vingt ans, finalement ramenés à dix par un aède sans doute à cours d'inspiration...

Le soleil se couche quand les marins affalent la voile blanche et que l'embarcation vient doucement se couler entre les barques des pêcheurs et se glisser le long du quai.
Dès que le vaisseau s'immobilise, Ulysse saute à terre, au risque de se tordre la cheville, impatient de retrouver, enfin, sa tendre épouse et son fils adoré.
Tous les oracles consultés au cours de son long voyage lui ont dit qu'il était attendu dans ce royaume qu'il a quitté depuis bientôt vingt ans. Il a toujours fait confiance aux prêtres, aux présages, aux signes dans la cendre et dans les cieux, et c'est confiant qu'il gravit à pas comptés les marches de ce palais qu'autrefois il montait quatre à quatre. C'est que l'arthrose fait son oeuvre, et l'air marin n'a rien arrangé !
Il soliloque en avançant avec précaution sur les dalles glissantes, et qui a l'oreille fine l'entend marmonner : "J'espère qu'il te reste de cet onguent que je t'avais rapporté de Troie, Pénélope. Prépare-toi, ma belle, tu n'auras pas trop de tes deux mains pour me faire un massage, j'ai un mal de chien !"
Tiens... A propos de chien... Mais c'est le sien, là ! Empaillé ! Par tous les dieux de l'Olympe ! Comme il reste là, bras ballants, à contempler la bête figée dans sa position favorite, patte arrière droite levée contre un tronc d'arbre - ensemble criant de vie - un homme s'approche et lui demande ce qu'il vient faire en ces lieux. Bien sûr, Ulysse se fait connaître et lui dit qu'il veut sur le champ être conduit chez la reine.
Sans se démonter, l'homme lui demande de prouver son identité. Ulysse doit alors sortir d'une sacoche qu'il porte au côté le papyrus sur lequel est portée sa filiation, celui qui atteste de sa capacité à conduire les chars attelés à plus de deux chevaux, etc...
Mais après les avoir lus, celui qui dit s'appeler Télémaque et être le Ministre de l'Intérieur lui déclare froidement que ces papiers égyptiens faisant de lui un demandeur d'asile, il doit s'en retourner d'où il vient, l'île d'Itaque, tout comme celle de Lesbos, débordant d'étrangers en situation plus ou moins régulière.
Comme Ulysse se rebiffe, menace et commence à provoquer un attroupement, la garde intervient pour lui faire rebrousser chemin. En redescendant l'escalier, il lève la tête en entendant une fenêtre s'ouvrir, manque le pas et s'étale. Sa tête cogne durement l'arête de marbre d'une marche. Des éclairs lumineux passent devant ses yeux et il rend l'âme, sans voir la femme aux cheveux argentés qui se penche sur lui en disant : " Tiens ! Il est revenu, celui-là ! Prenez dans le coffre ma vieille tapisserie, emballez-le dedans et emportez-le loin d'ici". Puis elle prend le bras de Télémaque et ajoute : "C'est très bien comme ça, de toute façon il n'était pas ton père".

Mais qui donc, déjà, à l'époque, l'avait contraint à utiliser les mots : blanche, argenté, lumineux, soleil ?


Ulysse demandant l'hospitalité
Figures d'Homère dessinées d'après l'antique, Tome second : Odyssée
Johann Heinrich Wilhelm Tischbein (1751-1829), dessinateur ; Christian Gottlob Heyne (1729-1812), auteur, Metz, 1801, d'après un original du IIe siècle av. J.-C..
Dessin d'après une pierre gravée
BnF, Estampes et Photographie, Ta 4, t. 2 f. 30
© Bibliothèque nationale de France

dimanche 15 mai 2016

Intermède scrap

J'avais besoin de me vider un peu la tête et de faire une pause dans la correction et la mise en forme des textes de l'atelier, alors j'ai retrouvé mes autres copines de jeu, pour la confection de ce petit album où j'ai rangé quelques photos d'une balade au bord du golfe du Morbihan, au début du mois :


 

Pas facile d'éviter les reflets quand certaines photos sont sous plastique et que le temps est chagrin ! 

Et le mois dernier, j'avais confectionné ces deux cartes d'anniversaire :