dimanche 25 mars 2018

Femme

Et si on parlait encore un peu des femmes, comme ça, pour le plaisir, parce qu'une journée par an, ce n'est pas grand chose, et même en ajoutant la Fête des Mères, ça frôle le rien du tout !
Et pourtant, "La femme est l'avenir de l'homme" chantait Jean Ferrat en empruntant à Aragon... J'ai écrit ce poème il y a douze ans, pour un travail collectif sur la transmission des valeurs.

dimanche 18 mars 2018

Parisianisme

Après le "Moscou-Paris", la France a droit à un nouvel épisode neigeux nommé "Helsinki-Paris". "Helsinki-Brest" sonnerait moins bien ?

C'est vrai que la Bretagne a longtemps revendiqué son indépendance, mais pour ce genre d'évènement, la frontière n'est pas totalement hermétique, et les enfants se sont régalés ce dimanche avec une rallonge de courant froid ! La neige relooke le paysage, je me suis contentée de la regarder tomber... Seul mon chien a laissé ses traces dans le jardin !



vendredi 16 mars 2018

La prière des ruines


C'est en 1966 que j'ai découvert le barrage de Serre-Ponçon. La vue de la chapelle qui, seule, témoigne du village englouti, m'a donné un étrange sentiment de malaise, sur lequel, à l'époque, j'ai mis ces mots...

« Homme, toi qui passes, écoute la prière des ruines. Arrête-toi et assieds-toi un moment à l’ombre d’un pin, sur ce qui fut autrefois une statue… Entends-tu le chant des cigales ? Elles sont l’âme des pierres. Vois-tu ces trous dans les murs ? Ce sont les stigmates du temps.
Mais regarde bien ces ruines : elles te disent d’être fier de ta jeunesse, car lorsque tes tempes blanchiront, que ton front se courbera, ce mur sera encore là pour dire à un autre que toi la fragilité des êtres. Va, étranger, marche droit sur le chemin, ne te retourne pas… Les ruines n’en ont pas besoin ».

Elles n’en ont pas besoin parce qu’elles sont baignées de soleil et caressées par le vent. Je remets le signet entre deux pages du livre, je me lève et me souviens d’un jour, il y a longtemps…

Quoi de plus banal, vous diront ceux qui connaissent l’endroit, que la route entre La Tournelle et le village d’en haut ? C’est tout juste si les automobilistes ralentissent quand ils abordent le barrage de Mizon. D’ailleurs, pourquoi ralentiraient-ils ? Il y a en France des dizaines de barrages plus importants que celui-ci !
C’est vrai, mais ils ignorent ce que je sais, au plus profond de mon cœur, ce qui aujourd’hui guide mes pas vers le bord de cette eau insondable  qui s’engouffre là-bas dans les turbines, dans un bouillonnement d’écume, pour éclairer les petits villages des alentours. Ils ne savent pas qu’elle m’a pris un ami, un homme pur et simple, un vieillard tranquille qui connaissait les étoiles et me les apprenait, un antique bonhomme lourd de la sagesse des ans, qui me regardait traverser la vie sans s’interposer parce qu’il savait, lui qui n’avait jamais étudié, que j’apprendrais de mes victoires et des mes erreurs. Je suis ici aujourd’hui, à l’heure où le soleil décline, pour lui dire que je sais maintenant que l’amour est plus fort que tout.

Barthélémy, je l’avais trouvé à Mizon, assis sur une pierre chaude de soleil, un jour que j’avais décidé de jeter mon dévolu sur ce petit point de la carte, certaine d’échapper pour la durée des vacances à l’agitation de la ville et à ses distractions factices.
Dans ce village de la vallée aux murs croulants, c’est lui que j’avais vu en premier, et c’est chez lui que je devais passer  trois semaines. D’emblée je m’étais prise d’amitié pour cette haute silhouette desséchée par le vent de la montagne. Ici pas d’eau courante, seulement une fontaine sur la petite place, pas d’électricité mais un bon feu de sarments dans la haute cheminée.
J’ai vite fait la connaissance des quelques autres habitants, mais c’est surtout Barthélémy qui m’intéressait. Il m’a parlé de sa femme et de son fils qui étaient morts dans l’incendie de leur maison, un jour qu’il était dans la montagne, et qui reposaient là, tout près, dans le petit cimetière au pied de l’église où il avait lui-même été baptisé. Il évoquait le temps où il y avait une école, et l’institutrice qui faisait classe en plein air aux beaux jours, sans gronder quand on suivait un papillon des yeux au lieu d’écouter la leçon… Maintenant, bien sûr, ce n’était plus pareil, les jeunes s’en allaient, les enfants ne pouvaient pas faire dix kilomètres jusqu’au bourg voisin pour préparer le certificat d’études, sans compter que le car ne passait pas par ici. Il faisait revivre le village pour moi, je voyais les feux de la Saint-Jean que les hommes sautaient, les fêtes de Mai où chaque jeune fille trouvait au matin un bouquet accroché à ses volets, j’imaginais les noces campagnardes auxquelles tous étaient conviés…
Barthélémy me faisait rêver son passé, il vibrait d’émotion et, à la fin de chaque évocation, c’était toujours la même phrase qui revenait : « C’est ma vie qui est ici, c’est ici que je mourrai ». Comme il aimait cette terre, ces pierres que plus personne ne remontait, ces gens qui avaient ce même désir de rester au village et disaient aussi : « C’est ici que je mourrai ».

Je suis revenue souvent à Mizon, toujours avec la même joie, chaque fois accueillie par Barthélémy, pas parce que je venais de la ville mais parce que je comprenais leur vie.
Il y a cinq ans de cela, une angoisse planait à mon arrivée. Des messieurs importants étaient venus, avaient tout regardé, sans rien dire. Des ouvriers avaient fait des relevés topographiques et planté des piquets blancs et rouges dans les vignes. Et puis la nouvelle est arrivée, semant la consternation : un projet de barrage venait d’être accepté, il recevrait les eaux de toutes les rivières de la montagne et Mizon était sur le plan d’ennoiement de l’ouvrage.
Ce furent d’abord des cris, des protestations, des pétitions pour faire valoir les droits des habitants, mais que pouvaient-ils contre la garantie d’électrification de toute la vallée, l’irrigation des terres, le renouveau qu’une telle œuvre apporterait ? La mort d’un petit village n’était rien à côté du projet de ville qui surgirait près du barrage, avec un hôpital, un lycée, des distractions…
Alors vint le temps de la résignation. On accepta à contrecœur l’idée d’aller s’établir au bourg voisin, contre une indemnité. Les vieux avaient le cœur gros et les larmes aux yeux. On commençait à empiler dans les charrettes ce que des générations avaient empilé dans les greniers, sans savoir de quoi se débarrasser. L’exode commençait. Je ne pouvais que compatir.
Seul Barthélémy, les yeux secs, impassible, continuait à fumer sa pipe sur le pas de sa porte en répétant : « Je ne partirai pas, c’est ici que je mourrai ».
L’âme du village, la cloche de l’église, s’était tue depuis que le curé avait été rappelé par l’archevêché. Bientôt il ne resta plus que mon vieil ami, qui demeurait sourd aux prières comme aux menaces. Il avait refusé son indemnité, car les souvenirs n’ont pas de valeur, ou une trop grande, peut-être.
Mais quand les travaux de détournement des rivières ont commencé, que les bulldozers sont arrivés et que la muraille s’est élevée, il a semblé se résigner. Il m’a écrit qu’il  partait dans la montagne, que je ne devais pas m’inquiéter. Seul, comme une bête malade, il s’est terré dans une cabane de chasseur.

Un jour, un titre en dernière page des journaux m’a appris très succinctement la mise en eau du barrage et son inauguration par un ministre flanqué du préfet. L’ouvrage prenait le nom du village submergé pour, paraît-il, qu’il reste quelque chose de leur passé aux habitants expulsés.
C’est une lettre du maire de la commune voisine, auprès de qui je cherchais des nouvelles de Barthélémy, qui m’a annoncé la mauvaise nouvelle : mon ami s’était noyé dans le barrage. De l’avis de la Gendarmerie, il avait glissé sur le bord du plan d’eau en se promenant et, ne sachant pas nager, il avait coulé. On avait retrouvé son sac à dos et son bâton de marche sur la berge, pas son corps. C’était en somme « un regrettable accident, dû à un manque de précautions de la victime ».

Je crois qu’au moment où il a senti sa vie s’échapper, Batthélémy ne s’est pas débattu, n’a pas eu peur : il devait être heureux. Par-delà les lois, par-delà les hommes, il avait réussi à mourir où il avait vécu.

mardi 6 mars 2018

Les scrap'anniversaires du mois

Une occasion de plus de montrer que je suis là, même si je ne me manifeste pas trop souvent...

Dans l'ordre du calendrier :

 pour une cousine
 pour une complice de voyages
pour une tante

jeudi 1 mars 2018