dimanche 26 octobre 2014

Attente

Voici quelques mots commis lors de nos élucubrations écrites bimensuelles... Une petite histoire en trois paragraphes rythmés par : "j'attends, tu attends, il ou elle attend"... Pour pimenter le jeu, il fallait d'abord une savate, puis du dentifrice, et enfin un alligator ! Rien de plus normal.


J’attends. J’attends et je commence à m’énerver ! Je devrais pourtant avoir l’habitude, mais je ne m’y fais pas…
Assise devant mon assiette, j’ai envie d’abattre mon poing sur le cône de toile blanche et amidonnée de la serviette. J’ai déjà émietté deux tranches de pain et bu un apéritif que je me suis sentie obligée de commander, après que le serveur m’ait demandé à trois reprises si je désirais consulter le menu… J’attends et l’heure tourne, déjà des tables se libèrent… Je sais que tu finiras par arriver. Je ma distrais en regardant deux gamins disputer une partie de savate, sur le trottoir d’en face ; ils ont provoqué un petit attroupement.
 
Tu attends sans doute qu’une voiture rouge passe, ou qu’une goutte d’eau se décide à lâcher le bec du robinet de la cuisine, que le voisin du dessus éternue, qu’il n’y ait plus une once de dentifrice dans le tube, ou que sais-je encore ?! Tu as le chic pour te lancer des défis aussi idiots qu’improbables, et puis tu viens me les raconter, toute rose d’excitation, sans même te rendre compte de l’énervement que tu provoques ! Toute petite, déjà, il fallait toujours attendre quelque chose avant que tu te décides à faire ce qu’on attendait de toi… Tocs disaient certains, lubies répondaient d’autres qui te qualifiaient de « farfelue ». Ah, petite sœur, faut-il t’aimer pour te supporter !
 
Il attend toujours, debout au fond de la salle, le serveur… Imperturbable, paupières mi-closes dans un visage ridé et buriné, il me fait penser à ces alligators qui restent à fleur d’eau pour guetter leur proie, immobiles. Il semble statufié. Et moi je me trémousse de plus en plus sur ma chaise. L’envie de me lever et de partir est de plus en plus forte. Je crois que je vais craquer… Je craque !
Et juste au moment où je recule mon siège, l’alligator s’anime, son regard vise la porte tandis qu’un sourire commercial étire sa grande bouche : Charlotte arrive enfin et s’écroule sur la banquette en face de moi en rigolant. « Devine, dit-elle, je m’étais dit que je sortirai de l’immeuble quand j’aurai vu passer trois chiens, et ils viennent d’arriver tous ensemble, avec une promeneuse !... Bon ! On mange quoi ? »


 

5 commentaires:

  1. Pourquoi pas ! Et si on parlais espagnol on dirait "esperar" pour attendre de quoi faire de toute une vie une longue espérance pimentée de consignes pourquoi pas , à la prochaine voiture immatriculée , je prend la route de gauche. Aléatoire comme la théorie quantoc ou quantic selon! bonne soirée

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    1. Oui, pourquoi pas ?! Encore faudrait-il se donner ce temps d'attente, encore faudrait-il le pouvoir, dans notre société moderne... Merci pour cette visite, et bonne soirée (toute bleue ici).

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  2. ce n'est pas très poli de faire attendre ainsi une personne

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    1. Mais sans cette attente, point de texte ! Elle est donc pardonnée !!!

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  3. Le texte est excellent !!!! J'adore !

    Mais Dieu que je n'aurais pas aimé attendre ainsi !

    gros bisous et douce soirée.

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