samedi 16 décembre 2017

Aéroport

Un Homme au chapeau gris, un aéroport... Débrouillez-vous avec ça !

Juste en passant : pour patienter dans un aéroport, une gare, routière, maritime ou ferroviaire... n'oubliez pas d'emporter LE livre de circonstance : "Voyage" !



Devant les guichets, les gens se bousculent pour récupérer leur carte d’embarquement. Des enfants jouent à chat perché sur les banquettes du hall. Des mères énervées comptent et recomptent les bagages à main, donnent ici une taloche, là un biscuit. Des agents d’entretien circulent sur le coussin d’air de leur machine aspirante. Là-haut, le scintillement des panneaux automatiques accroche les regards et les voix stéréotypées des hôtesses transmettent des informations feutrées que chacun doute d’avoir bien entendu.

Là-bas, dans le coin cafétéria, un homme au chapeau gris remue son café d’un air distrait. Ses yeux caressent les visages, le décor, s’arrêtent un moment sur le tableau des départs et des arrivées et se perdent au-delà des baies vitrées, aussi gris que son feutre, que le temps, aussi humides que le tarmac en cette triste journée d’hiver. Auprès de lui, aucun sac. Sur le guéridon, seulement un ticket dde métro.

Autour de moi c’est l’agitation du moment d’arrivée d’un long courrier. Toutes les caméras de contrôle de l’aéroport balaient les couloirs, les salles, les mille et un recoins de la fourmilière. Sur mon écran, juste un homme avec un pardessus et un chapeau.

Passé le rush des contrôles, la mêlée autour des tapis à bagages, je me sens à nouveau seule, en tête-à-tête avec cet inconnu que j’observe à son insu. Pourquoi lui, tout de banalité habillé, lui qui ne s’énerve pas, ne regarde jamais la montre que je devine entre le gant et la manche ? Pourquoi, d’ailleurs, avoir gardé manteau, gants et chapeau dans cet endroit surchauffé ? Il m’intrigue. Il n’est plus tout jeune et dans son visage lisse et pâle seuls ses yeux semblent vivre : ils se lèvent et s’animent à chaque nouveau flot de voyageurs. Mais lui tourne inlassablement sa cuillère dans un café froid depuis longtemps. Derrière le bar, le serveur continue d’empiler ses soucoupes et de servir des bières sans lui prêter attention.

Moi, je l’observe, encore, depuis des heures, depuis des jours. Lui à sa table, toujours la même, moi devant mon clavier de commandes. Nous attendons.

La journée s’est étirée doucement vers le soir. La nuit s’est piquetée de la lumière des projecteurs. Les pistes se sont gansées de lumignons. Et l’avion s’est posé.

Ce n’était ni le précédent, ni celui que venait d’annoncer une voix mélodieuse dans la prochaine demi-heure. Non, c’était celui qui a fait bouger l’inconnu, lui a fait quitter sa chaise, a mis de l’espoir dans son regard.

Derrière moi, Mathilde, comme chaque soir, commence à vider les corbeilles et les cendriers de la salle de surveillance. Sur le moniteur, des gamins ensommeillés passent, avachis sur des chariots à bagages. Des touristes bronzés, en chemisette, frissonnent en regardant tomber la pluie.

Et là, toute petite, toute menue, cette femme aux cheveux blancs, aux grands yeux bleus, au sourire timide, qui croise les mains sur son cœur en regardant venir vers elle l’homme au chapeau gris qui, lentement, se découvre, s’incline et l’embrasse longuement sur le front.

« Ah, elle est enfin revenue ! » dit Mathilde, émue.

Il faudra qu’elle m’explique…

8 commentaires:

  1. Quelle jolie histoire, pleine de tendresse. Ce baiser est d'une grande délicatesse, et cette arrivée espérée la récompense d'une longue attente. Et le petit message de pub pour "Voyage" me fait sourire.
    Belle journée à toi. Bisous

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    1. Merci d'avoir attendu cette arrivée avec moi, Cathy. Je te souhaite un agréable dimanche.

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  2. L'espoir, ce thème si d'actualité avec les Fêtes qui s'en viennent, je l'ai rarement lu avec une telle tendresse comme si il s'installait sur le bout des pieds dans cet aéroport bondé d'indifférence.

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    1. Heureux ceux qui se retrouvent,malgré l'absence, malgré les aléas de la vie. Merci pour ta lecture.

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  3. un rapport certain avec ma photo de ce lundi, l'absence.

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    1. C'est exactement dans ce sens que je viens de te laisser un commentaire !

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  4. C'est magique... je ne m'attendais pas à ce récit très émouvant.
    Merci pour tout, Galet.
    Gros bisous et douce soirée.

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    1. Je suis ravie si je t'ai permis de "t'envoler" un court instant !

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