mercredi 7 juillet 2021

L'échappée

Echapper à la grisaille d'un été boudeur, aux infos dramatiques, au contexte pesant, s'envoler, tout simplement.

C'est ce que j'ai essayé de faire pour le challenge 21 de Mil et Une

Oh, cette sensation de bien-être, de légèreté ! C’est un moment rien qu’à moi. Une fois par an, je m’offre un voyage en montgolfière, pour déguster le calme et, dans un silence ponctué des exclamations de bonheur de passagers qui ne font que chuchoter - quand ils ne sont pas brutalement surpris par la réactivation du brûleur - accueillir les bruits qui montent de la terre, découvrir des paysages pourtant connus sous un angle nouveau ou, au contraire, dénicher un coin enchanteur et graver son chemin dans ma tête. J’aime ces rendez-vous, souvent au petit matin ou en toute fin d’un après-midi d’été, le spectacle de l’enveloppe flasque qui, telle une Belle au bois dormant, reprend doucement vie, se soulève et s’arrondit pour enfin piaffer dans ses amarres, tout aussi impatiente que moi de se libérer de la pesanteur…

La première fois, c’était au dessus des champs de lavande, sur le plateau de Valensole, un cadeau de mes collègues pour mon départ en retraite. Ce fut un choc visuel, esthétique, physique. Rien de comparable avec ce qu’on peut voir par le hublot d’un avion. L’année suivante, je survolais les châteaux de la Loire, puis ce fut un époustouflant survol du château de Fontainebleau, les jardins, la forêt. Le golfe du Morbihan aussi, et ses îles multiples. Je ne saurais dire ce que j’ai préféré.

Et là, je plane au dessus des Monts d’Auvergne, descendant parfois jusqu’à frôler la coupe usée d’un volcan, au gré des courants, remontant comme une caresse le long d’une pente boisée où le vert est si foncé qu’il vire au violet… Mais ce n’est pas comme d’habitude. Dans mon dos mes compagnons d’escapade parlent trop fort. Je ne veux pas me retourner - après tout je suis là pour le paysage - mais ça discutaille, le ton monte, juste au moment où un superbe vol d’oies sauvages nous rejoint et semble vouloir nous ouvrir la marche à grand renfort de cacardements, gloussements, sifflements. Je n’ai jamais été entourée d’autant de bruits humains et animaux.

Peut-être pour calmer son monde, le pilote actionne le brûleur. Sans doute aussi gênée que moi, ma voisine me donne un grand coup de coude, ce qui me fait brutalement sursauter… et me réveiller dans les bras d’un fauteuil de velours rouge, tout au fond de la salle de spectacle, pompeusement baptisée « L’opéra », remplie des partisans et des opposants au projet de nouvelle station d’épuration sur notre commune, sujet ô combien terre-à-terre !

Ainsi je rêvais ! Mais les disputes, les noms d’oiseaux, les éclats de rire, les bruits divers et variés sont bien réels !

 -         Ben ma vieille, t’as fait un bon somme ! Désolée de l’avoir interrompu, mais tu commençais à ronfler dur, t’es gonflée de t’être endormie !

 -         Tu ne crois pas si bien dire, pensai-je en frottant mon bras endolori.


6 commentaires:

  1. dommage que ce soit un rêve car j'y était moi dans la montgolfière avec toi! en tout cas la chute m'a bien fait rire!!

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    1. Il faut savoir d'élever au-dessus de la bagarre !

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  2. Toujours plus haut, il y a tout un monde, j’adore ton image

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  3. Rire... je ne m'attendais pas à ton final. :)
    En tout cas, bravo pour ce défi si bien relevé, j'ai adoré.
    Bisous et douce journée.

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    1. J'aimerais bien faire un vol, mais je ne sais pas si mon vertige le permettrait...

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